Tant sensuel que cérébral, le poème La nuit t’arrache à moi embarque dans une solitaire apnée, une descente en eaux troubles, loin, très loin dans l’amour, là où il fait en réalité bien seul.e. Dans un flux d’images et de mots, on découvre un personnage en constante dérive, qui oscille entre la confrontation à la mémoire, la douleur du deuil et le désir de réinvention. 

Texte : Nanténé Traoré Adaptation et mise en scène : Chloé Riols Jeu : Léa Luce Busato Musique originale : Guillaume Bachelé Scénographie : Studio Siegmu (Hannah Lecamu & Élise Siegwald)

J’ai souvent pensé que devoir cohabiter avec soi-même pouvait s’apparenter à de la folie. Nous savons si peu de choses : ni pourquoi nous sommes sur terre, ni ce que nous devons y faire. La seule certitude que nous avons est que nous allons mourir. Nous n’avons d’autre choix que de vivre, et c’est une grande difficulté pour beaucoup d’entre nous. Si nous avions eu le choix, je ne sais pas si tout le monde aurait choisi de vivre cette vie. D'où l'idée de se détruire en cours de route, fréquente chez un grand nombre de personnes, et qui est aussi le propre de la jeunesse : cette capacité à basculer d’un côté ou de l’autre, l’amour absolu ou la noirceur absolue. 

C’est de cet endroit de bascule que part le texte, et ici, la drogue, la défonce apparaît alors comme la seule solution possible pour fuir un espace mental fragile et emprisonnant. Une défonce qui mènera à la mort de l’être aimé. Cette confrontation brutale deviendra finalement un chemin vers la découverte de soi, à la recherche d’apaisement et d’équilibre.

C’est cette lecture que j’ai faite du texte et que je veux montrer. Le théâtre peut être une exploration secrète de cette part d’inconnu en nous, une manière d’investiguer ce que nous ne savons pas formuler mais qui nous travaille en profondeur. Ce spectacle est une exploration intime, comme un voyage entre différents états de l’être, où se révèle ce qui se cache derrière nos pensées et nos émotions les plus enfouies.

Chloé Riols